Il n’empêche : les jeunes sont très forts. Ils arrivent à résoudre leurs problèmes souvent plus vite que nous et ils sont les moteurs de l’innovation. Les villages leur doivent de nombreuses évolutions techniques : la transformation des lampes torches chinoises à LED en système d'éclairage domestique, par exemple, en détachant les LED pour les fixer à un autre support et ainsi obtenir une intensité lumineuse suffisante.
J'ai également rencontré des jeunes qui avaient bricolé des systèmes de recharge des GSM à partir de batteries et de panneaux solaires, ou des groupes électrogènes qui tournent le soir dans certains vidéo-clubs. Certains commencent même à utiliser des ordinateurs portables pour faire des banques de sons qu'ils transfèrent ensuite sur les cartes mémoires des radios et des GSM de leurs clients. Parfois, c'est de la musique, mais on trouve également des discours politiques, des blagues...
Inspirer
Il existe de jeunes ruraux qui sont des génies de la technologie et qui n’attendent qu’un coup de pouce et des encouragements pour développer des solutions adaptées à leur communauté. Ils seraient plus facilement convaincus de la viabilité de leur projet s’ils étaient confrontés à des exemples de jeunes d'autres villages, au travers de vidéos ou d’images par exemple.
Se pose ici la question des incitations, car il ne faut pas s’attendre à ce que les jeunes jouent ce rôle d’intermédiation gratuitement, ce qui est tout à fait normal. Ils ne vont pas s’investir dans la technologie si les informations et les services qu’ils fournissent ne leur rapportent rien directement. Ceux qui produisent et qui diffusent l'information doivent y trouver leur compte. Je constate néanmoins que les jeunes entrepreneurs ont souvent des lacunes dans leurs connaissances, qui sont un frein au parachèvement de leurs produits. Par exemple : ils ne savent pas bien estimer la consommation d'énergie, ni calculer correctement la puissance de leurs appareils. Ils travaillent sur le tas ; il suffirait d’une petite formation pour leur apprendre à utiliser des multimètres électroniques afin de bien calculer les voltages et les puissances et limiter ainsi les dégâts causés par l'ignorance.
Les systèmes de télé-apprentissage peuvent leur donner l’occasion d’acquérir ces connaissances, mais seulement s’ils correspondent à leurs besoins particuliers. Les formations en bloc par module, par exemple, ne sont pas adaptées du fait que les besoins sont urgents et le temps et la patience manquent aux jeunes sur le terrain. Dans certains cas, un système de questions-réponses par SMS peut faire l’affaire.
Nous devons donc suivre une approche empreinte d'humilité et de curiosité pour mieux appréhender les vrais problèmes des jeunes ruraux et les accompagner dans la définition des solutions justes. En faisant la démonstration de certaines technologies appropriées, nous pourrons éveiller en eux une curiosité qui les incitera peut-être à réadapter la technologie en fonction de leurs besoins. Des concours ou des activités de découverte et de sortie en zone rurale nous permettront de mieux comprendre le milieu rural et d’accompagner ces jeunes.
Le succès d’une initiative dépend de l’approche choisie. Souvenons-nous également que les besoins sont très diversifiés dans les zones rurales. Les solutions doivent donc l’être aussi. J'accompagne une grosse organisation paysanne du Burkina dans la réalisation d'une base de données : cette organisation est arrivée à un moment où ce besoin se fait sentir parce qu'elle gère des milliers de membres. On voit bien qu'une autre organisation comptant une cinquantaine de membres n'éprouvera pas les mêmes besoins ni la même ambition que cette grande organisation faîtière.
J'ai par ailleurs constaté que la transposition des technologies en zone rurale créait plus de problèmes qu’elle n’en réglait. En revanche, il est beaucoup plus facile d'accompagner les porteurs d'idées et d’aider ceux qui sont déjà en bonne voie à aller de l'avant. Les projets technologiques clés en main n'ont pas fait école dans nos zones rurales. Par exemple, il est préférable d'accompagner les télécentres privés en leur payant des connexions moins chères et en les soutenant sur le plan énergétique que d'installer des télécentres communautaires clés en main.
On trouve aussi des petits réparateurs d'ordinateurs et de téléphones mobiles que l'on peut mobiliser et former afin de les rendre plus efficaces dans leur travail plutôt que de former de nouveaux jeunes qui n'ont peut-être pas la fibre technologique. On doit donc faire un travail au cas par cas, sans cesse adapté juste ce qu’il faut pour les faire aller de l'avant. Ma technique consiste donc à aider les jeunes qui s'aident eux-mêmes et à faire en sorte qu'en devenant des instruments de changement ils tirent les autres vers le haut.
Sylvestre Ouédraogo préside l’association burkinabé Yam Pukri (www.yam-pukri.org)
Cet article a été publié sur ICT Update, Numéro 65 - avril 2012.



Que l’on soit jeune citadin ou jeune rural dans un pays ACP, du moment que l’on regarde les mêmes programmes télé, les rêves et les aspirations sont identiques : avoir sa maison, une voiture, un bon job, un smartphone. Pour matérialiser ces envies, beaucoup de jeunes préfèrent quitter la campagne pour les grands centres urbains. L’horizon villageois leur semble bouché. La pression foncière est telle qu’un jeune doit souvent attendre des années avant de disposer de terres cultivables. Et lorsqu’il devient agriculteur, encore doit-il trouver un travail secondaire pour s’occuper durant la saison morte.
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