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Lundi 12 Août 2013 16:34

Zoom sur Modogan - l'exode rural au Bénin

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Cet article met en exergue les principales causes de l’exode rural au Bénin de façon générale, et ensuite étudie le cas particulier des conséquences de ce fléau sur la vie économique de Modogan, un village situé dans la commune de Sakété au sud-est du Bénin.

Le secteur agricole béninois à l'instar de ceux de nombreux pays du tiers monde occupe une place très importante dans l'économie nationale aussi bien du point de vue de la population qui y est impliquée que par sa contribution au PIB, environ 37% (INSAE, 2011).  Ces dernières années, les chutes considérables de production observées dans l’agriculture ont entraîné dans la plupart de nos pays, l’insécurité alimentaire. Ceci n’est que le résultat de plusieurs fléaux  qui minent  ce secteur. Souvent, les causes les plus citées sont souvent d’ordres techniques à savoir : la pauvreté des terres, la non disponibilité des équipements agricoles, la non accessibilité aux crédits et bien d’autres facteurs de production essentiels.

Comme moi, beaucoup de gens sont tentés de penser qu’il n’y a aucun rapport entre ces problèmes de facteurs de production et ce fléau qu’est l’exode rural. Je rappelle ici que l’exode rural est le déplacement massif  des populations des zones rurales pour aller s'implanter dans des zones urbaines et ceci de façon durable. Quand l’on se penche alors sur les réelles motivations de ces populations à s’exiler dans  les zones urbaines, on peut très vite se rendre compte qu’il peut y avoir une relation entre la non disponibilité des facteurs de production et ce phénomène. La réalité est qu’il y a bel et bien une relation.

Pour appuyer cet argumentaire, je vais brièvement présenter le cas particulier du village « Modogan » situé dans la commune de Sakété dans le sud-ouest du département du Plateau. En effet, j’ai réalisé  la monographie de cette localité et il est ressortit de la pyramide d’âge de ce village que 78, 22% de leurs  actifs agricoles ont un âge compris entre 35 et 52 ans contre  11,88% des actifs agricoles ayant un âge compris entre 17 et 35 ans. Plus de 70% des activités agricoles sont donc menées par des personnes âgées pou ne pas les désigner par « vieillissant ». Ceci est le résultat de la migration de la grande majorité de jeunes actifs vers les centres villes comme Porto-Novo et parfois même des centres villes du pays voisin qu’est le Nigéria.

Un constat remarquable, parmi ces jeunes qui migrent vers les zones urbaines, environ 37% sont des femmes qui à ma connaissance, sont celles qui ont rarement été tentées par ces genres d’aventures. Ceci montre à quel point la situation tend à être critique ou à vrai dire elle l’est déjà. Pour preuve, ce village a toujours été en tête de production de manioc contrairement aux autres villages que comporte la commune de Sakété. Aujourd’hui,  vue la baisse considérable de leurs productions depuis environs cinq (5) ans, Modogan n’est plus considéré comme un pôle de production de manioc de la commune, ce qui est loin de résoudre le problème d’insécurité alimentaire dans le sud-Bénin.

Pour ceux qui sont restés, c’est-à dire les plus âgés, la difficulté d’accès aux facteurs de production en est la principale cause. D’un côté, cette situation ne leur permettait donc pas de produire convenablement afin d’avoir des coûts de production très raisonnable, quit à être compétitif sur le marché et à subvenir à leurs besoins de base. De l’autre côté, l’inexistence d’infrastructures adéquates pouvant participer à l’épanouissement des jeunes, la non praticabilité des pistes rurales, l’absence de structures sanitaires, bref selon eux, les conditions dans lesquelles ils vivent peuvent être réunies sous le vocable d’insécurité sociale.

Par analogie, on pourrait donc croire que, rendre disponible les facteurs de production, assurer les services sociaux de base, rendre praticable les pistes rurales pourraient pallier à cette situation. Oui si le problème est vu sous ce seul angle.

De mes discussions avec les populations de cette localité, malheureusement je suis tenté de répondre non car un état d'esprit, une manière de voir selon laquelle il fait bon vivre en ville et que l’on a pas besoin de travailler dur pour gagner assez d’argent s’est installée dans la tête de ces populations, des plus jeunes aux plus âgés. La raison qu’ils invoquent est relative au fait que la plupart de ces jeunes partis en ville et qui sont revenus ont laissé croire à ceux qui sont restés cette impression qu’il fait bon vivre en ville. La plupart sont revenus avec des motos, d’autres avec des vêtements de citadins, bref ils viennent marquer la différence.

Il ressort de tout ceci que l’exode rural, loin d’être considéré comme un simple déplacement des populations  des zones rurales vers les zones urbaines, constitue un véritable goulot d’étranglement au développement agricole de nos pays. Ainsi donc, toute politique agricole, programme ou projet agricole destiné au milieu rural qui ne tiendra  pas compte de cette réalité connaîtra à coup sur un échec.

Graph: proportion des facteurs influençant les migrations de populations dans le village Modogan

Article écrit par Sofwaan A. BAKARY (Bénin) dans le cadre de la série de blog sur les jeunes et la migration à l'occasion de la journée mondiale de la jeunesse 2013, organisée par le YPARD, le projet ARDYIS du CTA, le FIDA et la plateforme e-Agriculture.

Dernière modification le Mardi 13 Août 2013 15:59
 

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